samedi 19 janvier 2019

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Rencontre avec François Asselin, président de la CGPME le mercredi 18 novembre 2015

 Le quartier d’affaires de la Défense est particulièrement bien desservi par les transports en commun franciliens, RATP et SNCF. Le trajet Paris intra muros – La Défense, effectué en surface, traverse la Seine puis monte jusqu’à la Défense. A mi chemin entre le pont de Neuilly et la Grande Arche, les terrasses, où sont situés les locaux loués par la CGPME, dominent Paris. L’accès à l’immense salle de réunion modulable, entièrement boisée, où l’on verrait bien un défilé de mode dit un participant, se fait directement depuis les terrasses.

Les auditeurs de l’association sont accueillis par François Asselin, président de la CGPME, accompagné de Michel Bergeret (E, 32ème) président de la CGPME Franche-Comté et de Christophe Soupizet (E, 28ème) représentant de la CGPME à l’ARACT Auvergne, ainsi qu’à la CNAV et vice-président de l’Association. 

 

La CGPME en quelques mots …

La CGPME (Confédération Générale des Petites et Moyennes Entreprises) est une des trois organisations patronales interprofessionnelles,  privée et indépendante, créée à la Libération, dont la représentativité est officiellement reconnue. Elle assure la représentation et la défense de l'ensemble des petites et moyennes entreprises, tous secteurs confondus (industrie, commerce, services, artisanat), au niveau national, tant auprès des pouvoirs publics que des partenaires sociaux, ainsi qu'au niveau international. Elle regroupe des fédérations professionnelles et des syndicats de métiers (près de 250), ainsi que des structures territoriales interprofessionnelles. Par le biais des branches professionnelles, la CGPME représente 1 500 000 PME-TPE.

 

 

François Asselin s’attache d’abord à montrer l’importance du réseau des petites et moyennes entreprises en France. L’entreprise fait partie du « bien commun, car elle porte des projets, elle assemble des personnes d’horizons différents, elle nourrit les familles et elle est à la base du secteur marchand sans lequel on ne peut s’en sortir ». Il rappelle ensuite que « sur 3 millions d’entreprises en France, 1,650 million comptent de 1 à 5 salariés et seulement 5000 appartiennent à la catégorie des grandes entreprises et l’on oublie trop souvent que sur le secteur marchand, les PME-TPE sont créatrices nettes d’emploi ».

Ses visites d’entreprises l’ont convaincu de la capacité des PME-TPE à innover et à anticiper des initiatives reprises par le législateur. Il regrette que la culture PME-TPE soit si absente des débats et du contenu des enseignements. 

 

Management, dialogue et contraintes administratives

François Asselin s’appuie sur une expérience de terrain en tant que chef d’entreprise d’une société de menuiserie-charpente industrielle occupant 140 salariés. Il a acquis la conviction de l’importance de mieux se faire connaître des salariés de l’entreprise et, lui, de mieux connaître les collaborateurs de l’entreprise : mieux accueillir les jeunes embauchés et non pas seulement passer son temps dans les « pots » de départ à la retraite. Les dirigeants qui se plaignent de l’ingratitude des salariés quittant brutalement l’entreprise se doivent d’y réfléchir.

Ses propres constats l’ont amené à faire appel à un consultant pour développer le dialogue interne, mettre en place une politique d’entretiens individuels et réfléchir aux relations hiérarchiques. « Le management est plus subtil que le côté technique » ajoute-t-il en citant le cas de l’ouvrier chevronné qui n’est pas forcément le meilleur tuteur de l’apprenti avec lequel il ne sait pas toujours bien partager son savoir. « Avec un management intelligent, on peut demander beaucoup à l’entreprise ».

Il en va de même dans le domaine des relations collectives. Les relations avec les délégués syndicaux ne sont pas une contrainte administrative mais un outil de management. Elles nécessitent de s’engager dans une démarche plus ouverte et plus moderne. C’est un enjeu pour montrer que l’entreprise est un « bien commun ». Si l’on n’entraîne pas tous les salariés dans le projet, on perd de la richesse. Il s’agit bien de mettre l’harmonie au cœur de l’entreprise.

La question du management est une question centrale de la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE). Pour son entreprise, elle se décline en plusieurs objectifs, et notamment gestion des déchets qui fait l’objet d’une certification périodique par un organisme agréé.

Selon François Asselin, un tel système est certainement bien meilleur que les dispositifs de contraintes administratives sous forme d’amendes ou de pénalités administratives qui sanctionnent trop souvent des manquements formels.

La CGPME et la patrouille  

Le président de la CGPME ne parle pas des corps de contrôle en entreprise, dont l’inspection du travail, mais de « la patrouille » : « lors d’une visite la patrouille regarde le droit, les accords jeunes, seniors, égalité Hommes-Femmes ; elle coche des cases ; c’est une seule vision du dialogue social pour toutes les entreprises de France ». « Il faut donner envie de travailler dans l’entreprise et seulement ensuite parler d’exigences en retour ; c’est très différent de la patrouille ».

D’après le dictionnaire Robert historique de la langue française le mot patrouille a pris au XVIème siècle son sens moderne de « ronde de surveillance faite par un détachement militaire » ; puis le mot patrouille est « devenu un terme de scoutisme », puis « de mission de surveillance confiée à une petite formation de soldats, et aussi d’avions et de navires. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dialogue social, PME et représentativité patronale

Le cadre du dialogue social a été déterminé trop souvent pour et par les DRH des grandes entreprises dont la culture n’est pas celle des PME-TPE, qui elles, ne peuvent s’offrir les services de DRH. Et les autorités de l’Etat ont une vision « grandes entreprises ».

Les principes dégagés par le rapport Combrexelle sont audacieux (principe de subsidiarité). La branche doit conserver toute sa place pour réguler les conditions de la concurrence. François Asselin s’interroge sur le constat fait à propos du nombre trop important des branches : « cela dérange qui ? ».

  

 

L’initiative locale peut, par des accords locaux, faciliter le mieux vivre ensemble, mais il faut prendre garde à éviter la loi de la jungle. Par exemple aujourd’hui beaucoup de chefs d’entreprises sont désespérés de ne pouvoir accéder aux marchés publics sans faire appel à des salariés détachés, employés dans des conditions qu’ils réprouvent. L’assouplissement de la réglementation doit permettre aux entreprises de décider de leur organisation mais avec un bornage conclu au niveau de la branche.

Des accords de filières pourraient encourager entre les entreprises la culture de la mutualisation qui reste faible. Elle apparait même en recul lorsque l’on observe les derniers accords nationaux interprofessionnels sur la formation professionnelle qui entraînent un effondrement des moyens et de l’accès à la formation professionnelle dans les entreprises de moins de 300 salariés.

Interrogé sur la question de la représentativité patronale, François Asselin constate que tout le monde avait pris acte de l’intervention du décret du 10 juin 2015 fixant les critères retenus pour apprécier la représentativité patronale. Mais c’est avec colère que la CGPME a pris connaissance de l’amendement qui vise à ne plus seulement prendre en considération le nombre d’adhérents mais également la taille des entreprises, amendement rejeté par la suite par le Sénat. « Difficile de remettre en cause une situation existante depuis 60 ans » observe-t-il. Un accord à trois sur cette question va être difficile à trouver.

Les mêmes spécialistes se sont interrogés sur la façon de faire évoluer le dialogue social dans les PME-TPE et de négocier les adaptations locales nécessaires. Mais ce sont les mêmes qui ont inventé   le dispositif pénibilité, véritable « usine à gaz ». Il ne paraît plus choquant que les salariés des métiers exposés puissent partir plus tôt à la retraite. Heureusement, la CGPME est intervenue pour demander la mise en place d’un dispositif de déclaration moins contraignant. Cela peut se traduire ainsi : «  la culture des PME-TPE on en a plein la bouche, mais personne ne la connait ».

Un autre sujet différencie les grandes entreprises et les PME-TPE : celui des salaires ; en effet la politique des avantages acquis pratiquée dans les grandes entreprises crée une forte différence avec le niveau pratiqué dans les PME. Enfin les unes et les autres se retrouvent sur la question des 35heures, qui a « radicalisé » le temps de travail alors que les entreprises ont besoin de davantage de souplesse.

 

Les PME-TPE en quelques chiffres

Le salaire mensuel moyen d’un patron d’une PME-TPE de 20 salariés est de 4 000€. Le résultat annuel moyen de l’entreprise de 20 à 30 000€. Les TPME sont donc très peu rentables. Cela explique pour une bonne part la pauvreté du tissu des PME-TPE et l’impossibilité dans laquelle se trouve toute PME-TPE de se doter d’un DRH. Pour la CGPME, qui compte 20 000 mandataires, la France a grand besoin de corps intermédiaires.

 

Le poids des mots et l’image des métiers

Le terme « pénible » heurte : comment donner envie de débuter un métier présenté comme pénible ? On devrait parler de travail plus exposé et non de pénibilité. La question devient cruciale avec l’importance des départs à la retraite qui s’annoncent et le nombre de salariés formés qu’il va falloir remplacer. C’est pourquoi l’entreprise ASSELIN, pour renforcer l’attractivité du secteur, s’est engagée dans une démarche de présentation des métiers du bâtiment dans les collèges en insistant sur leur variété et leur fonction d’ascenseur social. Résultat : le CFA de Parthenay a fait le plein. En complément l’entreprise a également réfléchi à l’accueil des alternants en organisant des journées d’intégration, en insistant sur les exigences du métier. L’accompagnement se poursuit chaque année à travers un bilan annuel au cours duquel le salarié est invité à acquérir des qualifications nouvelles telle que le Bac professionnel à l’issue d’un CAP, puis un BTS.

Pour l’entreprise ASSELIN l’aventure de la participation à la construction de l’Hermione a été un formidable moteur. François Asselin ajoute qu’il apprend beaucoup des salariés de l’entreprise, sans nier les difficultés qui ont pu apparaître et conduire à des licenciements. L’entreprise ne peut pas tout. On ne peut lui demander ce que n’ont su faire ni les parents, ni l’Education Nationale. Il observe cependant que le passage de certains jeunes par un groupement d’employeurs peut constituer une bonne solution pour l’insertion dans l’emploi et la qualification.

 

ASSELIN une entreprise à la production médiatique

L’entreprise ASSELIN, située à Thouars dans les Deux Sèvres, est « un acteur majeur de la restauration des monuments historiques ». Employant 140 personnes dans les métiers de la menuiserie, de la charpente bois, de l’ébénisterie et de la ferronnerie, elle a fait la une des medias pour la reconstruction à l’identique de la frégate Hermione, voilier de 65m de haut à bord duquel Lafayette débarqua en Amérique en 1780.

La charpente en atelier et en vue  panoramique Zoom (extraits du site www.Asselin.fr) 

 

 

 

 

L'Hermione à quai à Rochefort sur mer

photo J. BERGERET  

 

Simplification du code du travail

 François Asselin reste prudent sur cette question. Le code du travail correspond à notre culture mais quelquefois il va trop loin dans le détail : «il faut toiletter ce qui descend trop dans l’organisation de l’entreprise » dit-il. Il juge que la loi Rebsamen va dans le bon sens : regrouper les instances, diminuer le nombre de réunions et alléger les contraintes dans le fonctionnement des instances.

Mais un vrai frein à l’emploi est le seuil de 50 salariés. Beaucoup de PME-TPE hésitent à le franchir. Elles n’ont pas les moyens de s’offrir le luxe de recruter un DRH, leurs résultats financiers sont trop faibles, elles sont trop fragiles et trop peu rentables. Par exemple, sa propre entreprise avec 140 salariés n’a pas de DRH. Mutualiser la fonction entre plusieurs entreprises est une voie à explorer.

Pour les employeurs ou les syndicats, l’organisation du 1er tour des élections dans les petites entreprises est aussi un défi. « Expérimentons le doublement des seuils ! » lance-t-il «  puis au terme de l’expérience, faisons le bilan. »

Une interrogation : ne faut-il pas un peu moins de sécurité, pour avoir un peu plus de liberté. Beaucoup de chefs d’entreprise n’embauchent plus en raison des difficultés de la rupture et de l’’angoisse du montant de « l’ardoise ». Même si l’on gagne au bout de trois ans, ce sont soucis et nuits blanches. Certes, il y a désormais la rupture conventionnelle mais ce ne sont que les grandes entreprises qui en maitrisent les procédures.

Pour conclure, la CGPME souhaite un approfondissement des relations entre partenaires sociaux. François Asselin considère que la France a besoin de corps intermédiaires. Que ce soit du coté patronal ou syndical, cela nécessite un effort de formation important pour pouvoir apprendre à cheminer ensemble. Des initiatives locales comme le CISTE (Carrefour de l’Innovation Sociale pour le Travail et l’Emploi) peuvent y contribuer.

                                                                                                                Guillaume SCHNAPPER

 

Les PME-TPE et l’export

Commentant la note n°23 de mai 2015 du Conseil d’Analyse Economique, intitulée « A la recherche des parts de marché perdues », les quatre économistes (Patrick Artus, Philippe Askénazi, Philippe Martin et Alexandra Roulet) rassemblés sur France Culture le 30 mai 2015, dans l’émission «L’économie en questions », soulignaient la mauvaise performance de la France à l’exportation, dont la part de marché diminue encore davantage que celle des autres pays européens.

Ainsi 120 000 entreprises françaises exportent, alors que tel est le cas pour 250 000 entreprises italiennes et 350 000 entreprises allemandes. Ces économistes notaient qu’en France la productivité des secteurs ne s’améliorait pas, qu’il n’y avait pas de destruction créatrice au sens schumpétérien et qu’au contraire des travaux montraient que les emplois détruits étaient remplacés par des emplois de productivité plus faible. Ils poursuivaient en indiquant que nombre de PME-TPE étaient inefficaces et peu dynamiques, mais qu’elles étaient solides financièrement, exportant peu, n’innovant pas, investissant peu, se concentrant sur des marchés locaux, prenant peu de risques, mais ayant des bilans incroyablement solides avec très peu de dettes. Et de conclure que les bonnes entreprises meurent et que ce sont les mauvaises, celles qui génèrent peu de croissance, qui survivent. Ce qui se traduit en langage économique par  « la réallocation des facteurs (flexibilité du marché du travail, marché des biens, accès au crédit, droit des faillites…) se fait de plus en plus mal en France ».

(franceculture.fr/emission-l-economie-en-questions-royaume-uni-un-defi-a-l-europefrance-comment-exporter-plus-et-mieux)