mercredi 19 juin 2019

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  1. 2. Module 2 de la session (3 au 10 novembre 2012) : voyage d’étude au Danemark.

On nous avait prédit un climat froid et rigoureux. Lorsque nous avons atterri le samedi à Copenhague, le temps était doux et ensoleillé, ce qui a permis à tous de profiter du week-end pour visiter la capitale et ses abords. Certains se sont même rendus en Suède, à Malmö, à moins d’une heure par navette ferroviaire. D’autres sont allés voir la Petite Sirène enlacée sur son rocher : ce conte d’Andersen est d’ailleurs à sa façon une métaphore de l’Etat-providence danois, qui pour gagner l’éternité doit veiller sans cesse sur les êtres humains. 

Copenhague ne manque pas de sites touristiques : palais royaux, églises, la Bourse dont le clocher est formé des queues de quatre dragons comme l’œil d’un cyclone perçant le ciel, vastes quais du port, tavernes à marins converties en brasseries à la mode, avenues tracées au carré, façades d’immeubles sobres et élégantes sans aucun rideau aux fenêtres, fourmillement de bicyclettes sur la chaussée, quartier libertaire de Christiania abritant squatters et commerces de cannabis, ou  musée d'art moderne Louisiana qui surplombe le détroit d’Øresund. Toute une multitude de détails qui auguraient de certains traits du pays : un territoire plus hétérogène qu’il n’y paraît,  niché au cœur de l’Europe mais de plus en plus soumis aux vents du large, un système qui soude fortement les citoyens, un souci du bien vivre ensemble, une transparence des rapports sociaux, enfin un équilibre strict des droits et des devoirs sociaux que vient parfois fissurer l’individualisme.

Dès 18h le dimanche, nous étions déjà au travail et la première réunion avec les auditeurs avait lieu pour organiser conférences et visites de la semaine. 

 

Le lundi,  Vincent Toussaint, conseiller économique à l’Ambassade de France au Danemark, son collaborateur, Philippe Martinez, et nous donnèrent quelques repères essentiels pour comprendre le contexte économique et social danois la couronne danoise est liée à l’euro (pas de dévaluation possible), la dépense publique représente 59% du PIB, le taux de prélèvement obligatoire s’élève 48% du PIB,  l’impôt sur le revenu est la première source de recette fiscale et il n’y a presqu’aucune charge sociale sur les entreprises, enfin  l’accord collectif prime sur la loi.

Furent ensuite décrits les trois piliers du système de flexisécurité, mis en place au début des années 2000 : assurance chômage généreuse (couverture jusqu’à 90% du dernier salaire et plafonné à 2150 euros par mois, sinon aide sociale de la commune aide sociale de la commune entre 800 et 1650 euros), flexibilité du marché du travail (facilité pour licencier, indemnités de licenciement faibles), activation des parcours des DE et formation.

Mais actuellement la sortie de crise s’avère laborieuse : croissance atone, forte hausse du chômage (passé de 3 à 8%), déficit public (solde public passé de +3% à -3%), dette publique en augmentation (passée de 27% à 46, 5%), éclatement de la bulle immobilière, fort endettement des ménages, secteur bancaire fragilisé, compétivité-prix érodée). 

Le mardi, c’est ensemble, dans un parfait duo, que Karen ROIY,  la représentante de DA, (Confédération danoise des syndicats) et Christian Solyst, le représentant de LO (Confédération danoise des syndicats) nous présentèrent leur organisation respective. Oui, nous confièrent-ils, s’ils en avaient le désir, ils pourraient très bien évoluer dans leur propre carrière en passant du patronat au syndicalisme et vice et versa. Ils nous expliquèrent ensuite les modalités du  dialogue social au Danemark et nous brossèrent un premier tableau de l’emploi des jeunes.

Le mercredi, nous avons été reçus au ministère de l’Enfance et de l’Education par plusieurs experts, nous y avons abordé en détail les mécanismes du système d’éducation et de formation professionnelle danois : compétences dévolues aux différents  acteurs, modes de  financement et dispositifs de conseils et d’orientation. L’après-midi, visite d’un centre de formation et discussion avec des apprentis en graphisme publicitaire. Puis rencontre à l’hôtel de représentants des communes qui de plus en plus ont une responsabilité importante dans les solutions à trouver pour favoriser l’emploi des jeunes. 

Le jeudi matin, visite de l’entreprise Carlson Wagon Lit Travel, spécialisée dans les voyages d’affaires sous la conduite de la directrice générale de la filiale danoise, très au fait des questions de ressources humaines et de relations sociales. Une française qu’étonne toujours  certains traits culturels de la vie danoise : un fort souhait d’égalité, « des jeunes qui dans les familles sont des rois », un système hiérarchique très souple, ce code conduite qu’on appelle loi de Jante et prescrit que « nul ne doit croire qu’il serait spécial, plus malin que son voisin». Là aussi, rencontre d’une jeune femme récemment recrutée au siège de cette entreprise, nous expliquant sans détour comment s’est déroulée son intégration, nous dévoilant son parcours personnel de jeune à la recherche d’emploi, nous indiquant encore qu’elle est syndiquée pour entre autres bénéficier des avantages de la protection sociale. 

Le jeudi après-midi, des représentants de la Chambre de Commerce Danoise ont complété nos informations et nous avons pu leur poser nombre de questions auxquelles ils répondirent avec franchise : la Danemark connaît un problème de compétivité, les systèmes actuels d’éducation et de formation des jeunes ne sont plus efficaces. 

Puis ce fut au tour de Søren Schultz Hansen, universitaire autrefois spécialisé dans les vampires et aujourd’hui consultant à la mode, de nous sensibiliser de façon ludique aux nouveaux comportements de la génération Y, qui baigne dans l’univers des téléphones portables et du web. 

Le vendredi, visite de l’entreprise MATAS, distributeur de produits de beauté et de santé. Après une présentation par le DG des principales données sur cette entreprise, le DRH et son équipe nous ont expliqué le processus de recrutement, d’intégration, de formation et d’avancement des jeunes recrues. 

L’après-midi, après avoir déjeuné dans une cantine d’entreprise au sommet d’une tour, trajet à pied au milieu des anciens abattoirs de la capitale transformés en zone de commerces et de loisirs pour nous rendre dans un job center spécialisé de l’accueil des jeunes chômeurs. Un trio de consultants dynamiques ne nous cache rien de l’ampleur du problème des jeunes, des difficultés qu’ils rencontrent, mais aussi des réussites qu’ils obtiennent.

 Le module 2 se clôturera par une réception à l’Ambassade de France. Madame l’Ambassadeur, Véronique Bujon-Barre, accompagnée de son conseiller économique, nous reçoit dans le salon d’honneur du palais Thott, un hôtel particulier édifié au 17ème siècle et abritant de magnifiques tapisseries de la Manufacture des Gobelins. Trois auditeurs, un responsable du CJD,  une secrétaire confédérale de la CGT, et la directrice de l’apprentissage du Conseil Régional de Rhône-Alpes, se joignirent à Bernard Bailbé pour présenter les sessions de l’INTEFP et rapporter les premières impressions du groupe sur le Danemark, son système d’emploi et de formation et la situation des jeunes.

Ce rapport d’étonnement peut se résumer par quelques  observations : 

  • - L’importance du système de flexisécurité, reposant sur le triangle (prestations généreuses, licenciement facilité et répandu, activation forte des DE) et sur une tradition de confiance entre les partenaires sociaux.
  • - Les interrogations sur ce modèle qui a prouvé son succès jusqu’à la crise économique et financière mondiale.
  • - Un chômage des jeunes de 14%, inférieur à celui de la France (23%), mais le constat d’une jeunesse qui décroche.
  • - Un système de formation initiale qui devient moins efficace, en train d’être réformé.
  • - L’importance accordée à l’alternance pour les jeunes.
  • - La garantie pour les jeunes d’un revenu à l’âge adulte pour autant qu’ils acceptent une formation et/ou un emploi.